Dans de nombreux pays à fort potentiel solaire, il peut s’avérer difficile de mettre en place des installations photovoltaïques de grandes tailles. En effet, du fait des besoins agricoles ou immobiliers, trouver de grands terrains vacants ne va pas toujours de soi. Le Japon semble avoir trouvé une parade, qui pourrait inspirer d’autres territoires densément peuplés : les centrales solaires flottantes.

Nous sommes en mars 2011 : la catastrophe de Fukushima a remis en cause l’avenir du nucléaire au pays du soleil levant, l’industrie tourne au ralenti. Pas facile, pourtant, de compenser l’arrêt brutal du parc nucléaire japonais et de permettre au pays de retrouver un peu de son autonomie énergétique.

centrales solaires flottantescentrales solaires flottantesSurtout que l’archipel n’est pas très gâté en termes d’espace : par rapport à la France, le Japon accueille plus du double de la population française, sur une superficie deux fois moins grande. Flexible, sans dangers et de moins en moins chère, l’énergie solaire a les faveurs du gouvernement. En juillet 2012, le gouvernement met en place un tarif d’achat de l’électricité solaire très (trop ?) généreux. Cette décision booste la construction de centrales photovoltaïques sur tout le territoire. Elle créé aussi un dilemme : ce développement rapide engendre un conflit d’usage des terres entre filières agricole et photovoltaïque. Le solaire sur toitures pourrait résoudre le problème d’espace, mais il ne permettrait pas d’atteindre assez vite les volumes suffisants. Face à cette situation, une alternative écologiquement acceptable est mise à l’essai : les centrales solaires flottantes.

Des premiers projets sur l’archipel

Les centrales solaires flottantes, comme leur nom l’indique, sont des installations flottant à la surface de l’eau.  Pour le Japon, premier pays à en faire l’expérience, l’avantage est double. D’une part, le problème de terrain est résolu puisque les centrales peuvent être installées sur des lacs de carrières, des réservoirs d’irrigation, des sites de traitement d’eau… D’autre part, cette innovation présente un rendement supérieur à celui d’une centrale au sol ou en toiture. En effet, l’eau permet de diminuer les pertes liées à la surchauffe en refroidissant constamment les panneaux et les câbles.

Et là, c’est le moment « cocorico » : après un autre projet plus petit, une entreprise française a lancé la construction de la plus grande centrale solaire flottante au monde dans la région de Tokyo. Elle produit à elle seule 7.5 mégawatts, soit la consommation électrique de 2 200 foyers.

Son architecture très spéciale, composée d’une multitude de modules en polyéthylène, permet aux panneaux solaires de flotter à la surface tout en suivant les ondulations naturelles du plan d’eau. Quand on sait que le Japon comporte 20 000 réservoirs d’eau, on comprend pourquoi le pays a décidé de miser sur cette nouvelle solution.

centrales solaires flottantes
La plus grande exploitation solaire flottante jamais réalisée sera mise en service en mars 2018

Et ailleurs, quel avenir pour les centrales solaires flottantes ?

Plusieurs Etats pourraient emboîter le pas au Japon. Nos voisins britanniques, eux aussi contraints en termes d’espace, ont mis en place une centrale solaire flottante de 23 000 cellules. Installée sur le réservoir d’eau « Queen Elizabeth II » en banlieue ouest de Londres, la centrale produira environ 5,8 millions de kilowattheures par an et alimentera une usine de traitement des eaux. Elle sera mise en ligne courant 2018. Dans un pays comme l’Inde, plus vaste mais en croissance démographique ultra-rapide, l’espace agricole est également précieux. Les centrales solaires flottantes pourraient s’y imposer : à titre d’exemple, le seul état du Karnataka dispose de 36 000 lacs d’irrigation de plus de 10 hectares.

En France métropolitaine, la compétition des centrales solaires avec les terres agricoles est moins aigüe que dans des territoires insulaires, mais des projets flottants pourraient se justifier en Outre-mer. De plus, nous disposons de nombreux bassins de retenue liés aux barrages hydrauliques, qui pourraient être mis à profit. Avec d’autres avantages, relevés par Energeek : limiter l’évaporation, contenir la prolifération des algues aquatiques ou encore dépolluer les plans d’eau.

Reste à voir si les centrales solaires flottantes résistent bien au passage des années : l’humidité constante pourrait, à long terme, endommager les installations. Enfin, en milieu marin, la corrosion liée au sel et les risques de tempête ne sont pas à négliger.

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