Voilà maintenant 30 ans qu’a eu lieu la catastrophe de Tchernobyl, une tragédie qui a changé durablement la perception de l’énergie nucléaire dans l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, ce sont les énergies renouvelables qui ont le vent en poupe, et le gouvernement ukrainien envisage la reconversion du site de Tchernobyl en parc solaire. De quoi renforcer l’autonomie énergétique du pays, et tenter d’effacer de biens mauvais souvenirs. 

Que faire d’un territoire irradié de 6 000 hectares, impropre à l’agriculture ou l’urbanisation ? Face à cette épineuse question, le gouvernement ukrainien a opté pour la création d’une nouvelle centrale électrique. Rassurez-vous, on ne parle pas d’une centrale nucléaire mais plutôt d’installations de panneaux solaires et de centres de fabrication biogaz.  Propres et renouvelables, ces énergies font parties de la stratégie annoncée par le ministre de l’environnement ukrainien, Ostap Semerak. Son but est de réduire la dépendance aux importations énergétiques en provenance de Russie. En effet, tant que les relations entre les deux pays ne seront pas normalisées, la menace d’une rupture d’approvisionnement en gaz et pétrole russes restera forte. 

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A l’arrière-plan, la centrale nucléaire de Tchernobyl et sa structure de confinement

Outre ce gain d’autonomie, installer des panneaux solaires à Tchernobyl présente d’autres avantages économiques. D’un côté, de nombreuses infrastructures de la zone sont encore opérationnelles, notamment les lignes de transmission de l’ancien réacteur. De l’autre, cela générerait de précieux emplois pour la population locale. « Nous avons toujours des lignes de transmission haute-tension déjà utilisées pour les stations nucléaires, le terrain est bon marché et nous avons des personnes formées pour travailler dans des centrales électriques », a déclaré Ostap Semerak à ce sujet.

Zoom sur le nouveau projet solaire de Tchernobyl

1470213627_l-ukraine-veut-transformer-tchernobyl-en-centrale-solaire_grandDans ce contexte, tout semble encourager le déploiement des énergies renouvelables en Ukraine. L’État a annoncé vouloir investir 3 milliards de dollars (2,69 milliards d’euros) dans le déploiement de parcs solaires à Tchernobyl d’ici 2020. Une première pierre va être déposée d’ici fin 2016, avec la construction de deux centrales photovoltaïques de 3 mégawatts chacune. Un chiffre très modeste par rapport à la puissance de l’ancienne centrale nucléaire – avoisinant les 4 000 mégawatts à l’époque soviétique – mais les ambitions à plus long terme du projet ont su séduire les investisseurs.

En juillet dernier, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a déclaré être prête à appuyer ce plan de développement, à condition que les risques environnementaux soient bien maîtrisés. Plusieurs compagnies américaines et canadiennes se sont elles aussi rapprochées des autorités ukrainiennes afin de faire partie du projet. 

Combinée à d’autres efforts du gouvernement (notamment en faveur de l’éolien), la réalisation d’un tel plan portera à environ 11 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique du pays. Et redonnera, on l’espère, quelques perspectives d’avenir à la région sinistrée de Tchernobyl.