Certains d’entre vous se sont peut-être levés ce matin avec le sourire aux lèvres. Bravo à eux ! Pour les autres, eh bien… quelque chose nous dit que vous avez grand besoin de bonnes nouvelles. Sachez que cette nuit (heure française), les résidents de Floride n’ont pas seulement propulsé Donald Trump vers la Maison-Blanche ; ils ont aussi rejeté un amendement anti-solaire, rédigé de manière singulièrement trompeuse. 

Amender la Constitution de l’Etat pour « donner aux résidents le droit de posséder ou louer un équipement d’énergie solaire pour leur usage personnel« , cela paraît formidable, non ? C’est le choix qui était offert aux électeurs de Floride ce 8 novembre, en bas des bulletins de vote pour les élections présidentielles et législatives. Il s’agissait d’un de ces scrutins locaux (on parle de « down-ballot elections« ), organisés en simultané avec les grands scrutins d’importance nationale. Les électeurs de Floride ont aussi eu, par exemple, à se prononcer en même temps sur la légalisation de la marijuana à des fins médicales.

Le hic, c’est que ce fameux « Amendement 1 » sur l’énergie solaire n’était pas pro-solaire du tout. En élevant au rang constitutionnel le droit – déjà présent dans la loi – d’utiliser des panneaux solaires « pour usage personnel », il visait en fait à mettre des bâtons dans les roues au principe de tiers-financement. Concrètement, il s’agit d’un modèle économique selon lequel des entreprises comme SunRun ou SolarCity louent les toitures des particuliers pour y installer des panneaux solaires, en échange d’une réduction substantielle de leurs factures d’électricité. Ce modèle a permis l’essor du photovoltaïque dans de nombreux Etats, et l’Amendement 1 avait pour but d’empêcher son extension à la Floride.

Amendement 1 énergie solaire
Un lobbyiste s’était vanté du « ju-jitsu politique » que constituait l’Amendement 1

Autre vice caché de l’Amendement 1, cette formulation : « protéger constitutionnellement toute loi locale ou de l’Etat de Floride garantissant que les résidents ne produisant pas d’énergie solaire puissent s’abstenir de subventionner sa production« .  Autrement dit, ouvrir grand la voie à une suppression de tous les mécanismes publics de soutien à l’énergie solaire, notamment le net metering qui est l’équivalent de la vente de surplus en France.

Pour induire les électeurs en erreur, les défenseurs de l’Amendement 1 n’avaient pas lésiné sur les moyens : près de 30 millions de dollars ont été dépensés pour en assurer la publicité. Derrière cet effort quasiment sans précédent pour promouvoir un référendum local, on retrouve essentiellement les grandes entreprises de production et distribution d’électricité – ou « utilities » en anglais – qui craignent de voir leur clientèle traditionnelle leur échapper au profit des nouveaux acteurs de l’énergie solaire. Duke Energy, Gulf Power ou encore ExxonMobil se sont ainsi ralliés en force à cet Amendement, proposé par le mystérieux groupe d’intérêt Consumers for Smart Solar (« les consommateurs pour le solaire malin »).

Les défenseurs de l’énergie solaire et plusieurs grands médias locaux, comme le Tampa Bay Times ou le Miami Herald, ont dénoncé depuis plusieurs mois cette supercherie et sont parvenus à convaincre une partie de l’électorat. Malgré la débauche de moyens et les tactiques employées, les électeurs de Floride ont été à peine plus de 50 % à l’approuver, loin des 60 % nécessaires à toute réforme constitutionnelle. De quoi confirmer une nouvelle fois l’engouement des Américains pour l’énergie solaire, au-delà des considérations partisanes, et peut-être servir d’avertissement au futur nouveau locataire de la Maison Blanche.