Si vous avez prêté attention aux dernières évolutions de la campagne présidentielle américaine, vous savez qu’Hillary Clinton et Donald Trump s’opposent sur à peu près tout. Y compris sur l’énergie et le climat, qui font l’objet de débats ultra-polarisés depuis que le Parti républicain a pris fait et cause pour l’industrie fossile. Pourtant, en Californie, les électeurs les plus conservateurs sont les plus susceptibles de s’équiper en panneaux solaires. C’est la conclusion surprenante d’une étude (en anglais) menée par l’entreprise américaine SolarPulse. 

Ce n’était qu’en 2008, mais ça semble déjà très loin : à l’époque, les candidats démocrate et républicain à la Maison Blanche, Barack Obama et John McCain, rivalisaient de promesses de campagne pour améliorer la protection de l’environnement. Tous deux se disaient favorables à la mise en place d’un marché réglementant les émissions de CO².

Enfin ça, c’était avant… Depuis, sous la pression du puissant (et généreux) lobby des énergies fossiles – charbon, pétrole et gaz – le Parti républicain a tourné le dos aux enjeux écologiques. Déjà, lors de la primaire du « Grand Old Party«  en 2012, 11 candidats sur 12 refusaient d’admettre l’influence des activités humaines sur le climat. Donald Trump, de son côté, a qualifié de nombreuses fois le dérèglement climatique de « canular« . Il s’oppose systématiquement aux propositions d’Hillary Clinton en faveur des énergies renouvelables, et ne rate jamais une occasion de rappeler la faillite du fabricant de panneaux solaires Solyndra, intervenue en 2011 malgré le soutien financier de l’administration Obama.

Bref, en dépit de certains faits bien établis (par exemple, la multiplication des événements météorologiques extrêmes, ou la croissance ultra-rapide des emplois dans l’énergie solaire), le climat et la transition énergétique restent prisonniers de débats idéologiques.

Les Républicains adeptes de l’énergie solaire en Californie

La bonne nouvelle, c’est que les électeurs républicains n’attendent pas le « feu vert » du Parti pour adopter l’énergie solaire chez eux. Mieux : ils le font avec encore plus d’enthousiasme que les électeurs démocrates. C’est ce qu’a mesuré SolarPulse, à partir de données collectées entre 1997 et 2015 dans l’Etat de Californie. Pour chaque maison équipée de panneaux solaires, l’entreprise a déterminé si elle se trouvait dans un district majoritairement pro-républicain ou pro-démocrate.

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Les districts républicains ont davantage contribué à l’essor du solaire en Californie (source : SolarPulse)

Le résultat est surprenant : 1 foyer sur 100 a fait installer des panneaux solaires sur sa toiture dans les districts pro-républicains, contre « seulement » 1 sur 500 dans les districts pro-démocrates. Comment expliquer cet écart spectaculaire ? En grossissant le trait, vous pourriez supposer que les ménages les plus aisés votent conservateur, et qu’ils ont aussi davantage les moyens d’investir dans une installation photovoltaïque. En réalité, c’est tout l’inverse : le revenu annuel moyen est plus élevé de 8 000 dollars dans les districts pro-démocrates.

Cependant, on trouve bien une plus forte proportion de propriétaires dans les districts pro-républicains, ce qui pourrait expliquer en partie le phénomène. Mais pour le comprendre, il faut surtout tenir compte de la géographie : en Californie, les électeurs républicains résident le plus souvent dans le sud-est, là où le soleil brille plus fort et les grandes maisons pavillonnaires se prêtent le mieux à l’énergie solaire.

Ce qu’il faut retenir en tout cas, c’est que les électeurs républicains ne se laissent pas distraire par les grands débats menés à Washington. Ils ont mis la politique de côté et se sont, eux aussi, laissés séduire par les nombreux avantages de l’énergie solaire. On peut donc espérer que bientôt, plus aucun candidat républicain n’osera ignorer (comme le fait Donald Trump) l’engouement de ses électeurs pour le solaire.

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